Le Big Underwear Social Tour est une expérience sociale sur les actions et réactions d’un groupe
d’artistes venus du monde entier, rassemblé dans un bus pour une tournée du Mexique au Panama. Le
bus fait office de moyen de transport, de maison, refuge, salle d’audience et de « no man’s land »
entre les hauts et les bas de la vie sur la route.
Le long du chemin vers le sud, l’assemblée d’artistes jouera un spectacle de variétés dans de
petites villes et villages, demandant des contributions pour que continue le voyage vers le sud. Ce
spectacle est une entreprise sans but lucratif, visant l’autosuffisance autant que possible. Pendant
ce temps, la vraie expérience commence dans le bus.
L’ensemble du voyage sera filmé, renseigné et sujet à prise de notes. Cela donnera certainement un
résultat pouvant paraître à la télé, en salle de projection, suscitant probablement de bonnes
réactions.
Where does the idea come from ? - D’où est venue l’idée ?
Dans ma jeune vingtaine, j’ai mis mes affaires dans mon Chevrolet Malibu 1966, demandé à ma copine
si elle voulait se joindre à moi, puis direction l’Amérique centrale. J’étais incertain de ce que je
trouverais, de ce qui me trouverait ou d’où je serais dans les deux mois suivants.
C’était en 1985, je jouais déjà dans les rues de la côte ouest depuis un moment, bien que je me
considérais encore comme un « artiste du dimanche ». Je devenais plus à l’aise avec mes aptitudes et
étais prêt pour une aventure qui me dirait jusqu’où de tels talents pouvaient m’emmener. J’ai
commencé à jouer mon spectacle dans des marchés locaux et des places de villages.
La chaleur de cœur des locaux semblait ne jamais devoir manquer pour apprécier mon envie d’amuser.
Dans ce genre de petites places, j’ai présenté un spectacle influencé par Harpo Marx, complété par
un cor. Quand le spectacle s’est achevé, l’audience a commencé à m’encercler, une mer de sourires et
de questions dans un langage qui était alors trop beau pour que je puisse le comprendre. L’un de
ces sourires vint me demander en anglais « Pourquoi venez-vous ici, dans notre village ? Vous
apportez tant de joie … ». La question de cette femme m’est restée en tête bien des années, peut
être parce que je n’y avais pas de réponse, ou parce que je commençais à réaliser le potentiel
venant de mes aptitudes. J’emportai avec moi ces sentiments de retour à Eugene, en Oregon, où
j’avais commencé à établir une famille d’autres acteurs de rue, avec qui j’allais partager ce
ressenti.
C’est à ce moment et avec cette famille que j’ai vu le film « Bye bye Brazil », qui restera toujours
dans ma mémoire comme l’un des plus beau films que j’ai vus, et qui continuera à m’influencer pour
longtemps encore. En peu de temps, une pressante envie de retourner sur la route me prit, et
m’emmena en Basse Californie. J’ai commencé à jouer dans les écoles de cette région en contactant
les directeurs. Il est arrivé une fois que mon offre de spectacle incita le principal de l’école à
réunir les 600 étudiants devant moi pour jouer sur le champ. Mon prochain arrêt fut Cabo San Lucas
où un spectacle plus qu’animé prit place dans une discothèque. A ma grande surprise, cet épisode fut
suffisamment épique pour être mentionné dans un magazine local.
En 1986, j’avais commencé mes voyages outre-mer. Cela m’avait mené en Australie, Nouvelle-Zélande et
finalement les îles Fidji. Pendant que j’étais aux Fidji survint un coup d’état : le colonel Rabuka
avait pris le pays de force et proclamé la loi martiale. Alors que d’autres auraient pu être moins
enclins à continuer les spectacles de rue, j’étais plus que prêt pour l’expérience. J’avais commencé
un spectacle et attiré la foule quand un grand policier Fidjien s’interposa, écartant toute
possibilité de continuer. Immédiatement après la fin précoce du show, je fus approché par un avocat
local qui m’invita à déjeuner. Comme nous étions assis et bavardions, je décidai d’offrir mes
services et de faire un spectacle gratuit pour une école Indienne locale. Après un accueil
chaleureux, je voulu jouer dans plus d’écoles, et arrangea donc un autre show dans une école
Fidjienne. C’était curieux de voir comment les deux cultures différentes, qui cohabitent depuis des
générations, réagissaient à la situation politique. Le coup d’état mené par le Colonel Rabuka était
une réponse à la perte de la majorité Fidjienne dans le gouvernement, car les Indiens obtenaient
régulièrement plus de sièges au Parlement. C’était une période de discorde sociale et économique, et
beaucoup d’Indiens étant persécutés fuirent le pays par peur des violences.
Je continuais à me déplacer, avec une voiture louée, une bonne quantité de racines de kava sous la
main, et des routes inconnues firent le reste, m’emmenant vers l’intérieur de l’île. En suivant ces
routes, je rencontrai un vieil homme et son fils voyageant à cheval. Après une courte conversation,
l’homme m’invita à visiter son village, le premier pas étant de rencontrer le Chef. Dans un énorme
pavillon, je m’assis en attendant le chef. Quand l’homme revint avec lui, je lui tendis la racine de
kava. Il l’observa rapidement puis la passa au chef, qui la regarda plus longuement, de manière plus
inquisitrice, puis d’un regard satisfait. Quand le chef parla, je m’assis, m’interrogeant sur le
sens de ces paroles prononcées stoïquement. Puis l’homme rencontré sur son cheval me traduit les
mots du chef, « Vous êtes bienvenu ici, dans notre village, allez où vous voulez, vous êtes notre
invité… ». Du pavillon où j’avais rencontré le chef, je me dirigeai vers une clairière où je sortis
un frisbee que j’avais emmené avec moi. Après quelques lancers seulement, la moitié du village était
en train de courir de tous les côtés pour mettre la main sur le frisbee, et avoir le privilège de le
lancer. Le jeu continua un bon moment, et comme le soleil commençait à se coucher, je ne pus
m’empêcher d’être envahi par un sentiment de bonheur. A la nuit tombée, tous les villageois étaient
retournés dans leurs huttes respectives, et je fus invité dans celle des hommes pour déguster du
kava. La discussion alla bon train jusque tard dans la nuit, principalement sur les évènements
politiques encore en plein développement dans les villes. Toutefois, il semble que le coup d’état
n’avait pas d’impact significatif sur l
es villageois. Certains avaient des affaires en villes, mais la majorité des villageois ne
ressentait rien de particulier quant à la situation à laquelle leurs frères des villes faisaient
face.
Des années plus tard, je rencontrai ma femme Ina, dont je suis maintenant divorcé. Le divorce fut
extrêmement douloureux, et l’est toujours à ce jour. C’était accablant de voir ma famille unie se
dissoudre. Le fait d’avoir deux enfants, Roze et Toby, ne fit qu’amplifier le sentiment que mon cœur
se vidait de son sang. Dans les premières années de notre mariage, nous emmenâmes notre fils dans un
voyage vers le Venezuela, où je fis des shows comme je l’avais fait auparavant au Mexique, aux
Fidji, en Australie et Nouvelle-Zélande. Je jouais dans la rue pour subvenir aux besoins de ma jeune
famille, mais comme avant, je sentais l’envie de donner mes aptitudes et mon temps à des écoles
locales. Sur l’île Margarita, j’eus l’opportunité de jouer dans une école, et une fois encore les
locaux me reçurent à cœur ouvert. La seule différence entre cette expérience et celles passées est
que l’hospitalité chaleureuse fut étendue à ma famille.


